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Madeleine Vionnet : Avant-gardisme et couture en biais …

Si le nom de Madeleine Vionnet est aujourd’hui méconnu du grand public, pour certains professionnels de la couture, comme Balenciaga, Dior, Audibet, Alaïa, Miyake ou Yamamoto, cette couturière ut un maître. Le succès fut tel qu’à la veille de sa fermeture en 1939, sa Maison comptait plus de 1 000 employés…

Elle naquît en 1876 à Aubervilliers. Apprentie puis ouvrière dans la couture à 18 ans, elle part pour l’Angleterre, y prend l’anglais et tavaille chez Kate Reily, une maison de couture renommée. De retour à Paris en 1900 et cinq ans plus tard, grâce au soutient de Paul Poiret, Vionnet entre chez Doucet. Elle y obtient de faire défiler ses modèles sans corset et pieds nus : une vraie révolution.

Des robes intemporelles. En 1912 Vionnet s’installe à son compte. Mais lorsque la guerre éclate, elle se voit contrainte de fermer temporairement sa maison. A la fin du conflit, elle reprend son activité et puise plus que jamais son inspiration aux sources de l’Antiquité. Ses modèles semblent n’avoir pour unique dessein que d’exalter la beauté du corps. Ils trouvent très vite leur public : des femmes jeunes, actives, qui fument, qui sortent, qui ont rejeté tout carcan et troqué leur corset contre un soutien-gorge et une culotte. L’apparente simplicité des robes de Vionnet plait. Inspirées des Peplos, les modèles sont coupés sur des bases géométriques qui vaudront à Vionnet son surnom « d’Euclide de la mode ». Incroyablement légères, ces robes en crêpe de soie, simplement posées sur les épaules, flottent sur le corps.

En 1912, elle rallonge les robes de la garçonne et lance a coupe en biais. Dans la couture, nul n’ignore la différence entre droit fil et biais. Le droit fil se travaille facilement, le biais non. Il faut pendre le tissu en diagonale, ce qui nécessite, pour élaborer des robes entières, des tissus de plus grandes largeurs que Vionnet obtiendra de ses fournisseurs. Si les robes des années 20 étaient d’une simplicité enfantine, la mode du biais va redorer le blason des professionnels.

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Au plus près du corps. Elle travaille l’élasticité du biais, oppose les sens du tissu pour obtenir des effets mat et brillants, joue avec l’envers et l’endroit. Rien ne l’arrête. Une fois portées, les robes de Vionnet paraissent d’une simplicité exemplaires, mais elles sont si complexes à revêtir qu’elles nécessitent la présence d’une femme de chambre ! Ne pesant que quelques grammes, elles s’enfilent par la tête. Aucun boutons, ni agrafes, encore moins de fermetures a glissières, elles collent au corps.

Ses recherches incessantes lui permirent d’atteindre une perfection technique inégalée. En quête d’un absolu, inspirée par l’harmonie des proportions antiques, Vionnet fut peu perméable aux fluctuations des modes de son temps. Agissant en cavalier seul, produisant à chaque collection de véritables chefs-d’œuvre, ses créations ont un caractère intemporel.

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Une page se tourne… Vionnet fermera définitivement sa maison en 1939. Mais cette couturière incroyable a fait don de ses archives l’Union Française des arts du costume en 1952 et l’essentiel de ses collections est aujourd’hui conservé par le musée de la Mode et du textile.

Azzedine Alaïa et John Galliano ont été jusqu’à découdre certains de ses modèles pour mieux en percer le secret. Ils cherchaient principalement, celui de la coupe en biais, celle qui épouse le corps et le frôle. De cette fameuse coupe en biais Madeleine Vionnet disait : « On utilisait à l’époque le crêpe de chine seulement pour doubler les robes ; c’est moi la première qui ait fait du biais…. Le biais, c’était souple facile, prometteur ! »

The Marquise

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1 Comment

  1. Cédric avril 25, 2017

    Bel exemple de détermination et de créativité!!
    Merci pour cette belle découverte 🙂

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